La Chute, ou le corps de souffrance

Mis à jour : 30 oct. 2019

Série de textes inspirés par les photos de Batu, sur le thème de l’eau.

L’eau est ce qui lie et relie, c’est l’élément de la relation, de l’intuition, des ressentis.

Ce texte est également inspiré par Au Cœur des Femmes – Ecole Humaniste, en lien avec la thématique du mois de février sur le couple.


©Batu

Nous connaissons tous ce moment, dans la relation amoureuse. Les premières tensions, le premier conflit, la première chute.


D’une part, il y a cette euphorie des premiers temps qui nous emmitoufle de jolis voiles, nous rend légers. L’opportunité d’expérimenter intensément la joie, la foi, la gratitude, dans un cocon d’amour et de tendresse.


D’autre part, il y a le miroir de la relation. Ce que l’autre reflète de nous, ce que l’on voit à travers son regard, ce que l’on pense qu’il voit, ce que l’on aimerait qu’il voit.


Le temps passe. L’euphorie s’estompe et rend le miroir plus dur, plus froid.


Et puis les mécanismes habituels refont surfaces, le doute, les peurs, les illusions, les blessures jamais vraiment guéries… Les tensions montent et un jour, c’est la chute. La chute de l’ego, la chute du piédestal sur lequel l’autre nous avait posé, la chute en soi de la joie, de la foi, de la gratitude. Le sentiment que tout recommence, les mêmes situations, les mêmes incompréhensions. Reviennent alors le défaitisme, la colère, le rejet, la douleur. La croyance que le bonheur est inaccessible, éphémère, illusoire.


Revenons à l’essentiel. La Vie ne nous veut pas de mal. Jamais. Il n’y a pas de fatalité. Les situations douloureuses que nous revivons sans cesse ne sont que des opportunités : celles de nous connaître mieux, celles de nous libérer, celles de nous guérir.


Aucun partenaire n’est le mauvais partenaire. La personne avec qui l’on s’unit, au-delà du lien d’amour, est un miroir essentiel pour aller voir en soi. Lorsque la chute se produit, c’est au moment où le lien avec l’autre est suffisamment solide pour permettre cela. S’ensuit un choix conscient à faire : celui de faire face, ou celui de subir. Subir, c’est ce qui est décrit plus haut, c’est se sentir victime, c’est laisser le mental rejouer les mêmes scénarios d’auto-sabotage. Faire face, c’est aller voir en soi quelle part de soi se réactive, quelle blessure, quelle peur.


Dans son guide Le Pouvoir du moment présent, Eckart Tolle exprime clairement le processus qui se met en place alors.


« Si vous pensiez connaître une personne, ce sera tout un choc pour vous que d'être soudainement confronté pour la première fois à cette créature étrangère et méchante. Il est cependant plus important de surveiller le corps de souffrance chez vous que chez quelqu'un d'autre.
Remarquez donc tout signe de morosité, peu importe la forme qu'elle peut prendre. Ceci peut annoncer le réveil du corps de souffrance, celui-ci pouvant se manifester sous forme d'irritation, d'impatience, d'humeur sombre, d'un désir de blesser, de colère, de fureur, de dépression, d'un besoin de mélodrame dans vos relations, et ainsi de suite. Saisissez-le au vol dès qu'il sort de son état latent.
Le corps de souffrance veut survivre, tout comme n'importe quelle autre entité qui existe, et ne peut y arriver que s'il vous amène à vous identifier inconsciemment à lui. Il peut alors s'imposer, s'emparer de vous, "devenir vous" et vivre par vous. Il a besoin de vous pour se "nourrir".
En fait, il puisera à même toute expérience entrant en résonance avec sa propre énergie, dans tout ce qui crée davantage de douleur sous quelque forme que ce soit: la colère, un penchant destructeur, la haine, la peine, un climat de crise émotionnelle, la violence et même la maladie.
Ainsi, lorsqu'il vous aura envahi, le corps de souffrance créera dans votre vie une situation qui reflétera sa propre fréquence énergétique, afin de s'en abreuver. La souffrance ne peut soutenir qu'elle-même. Elle ne peut se nourrir de la joie, qu'elle trouve vraiment indigeste.
Lorsque le corps de souffrance s'empare de vous, vous en redemandez. Soit vous êtes la victime, soit le bourreau. Vous voulez infliger de la souffrance ou vous voulez en subir, ou bien les deux.
Il n'y a pas grande différence. Vous n'en êtes pas conscient, bien entendu, et vous soutenez avec véhémence que vous ne voulez pas de cette souffrance. Mais si vous regardez attentivement, vous découvrez que votre façon de penser et votre comportement font en sorte d'entretenir la souffrance, la vôtre et celle des autres.
Si vous en étiez vraiment conscient, le scénario disparaîtrait de lui-même, car c'est folie pure que de vouloir souffrir davantage et personne ne peut être conscient et fou en même temps. »
Eckhart Tolle - Le Pouvoir du moment présent

Au sein du couple, comment traverser cette expérience ?


La première chose, c’est de savoir se retirer dans le silence. Laisser passer la tempête. Chacun a sa façon de laisser reposer son corps émotionnel.


Ensuite, c’est le dialogue. Se relier à son partenaire, exprimer ce que l’on traverse, permettre à l’autre d’avoir un regard sur notre vie intérieure. Pour le partenaire, c’est accueillir l’autre, ne pas se responsabiliser de sa souffrance, voir aussi une opportunité d’aller voir en lui ce que cela peut toucher. Le miroir joue toujours un rôle ici, pour chacun des partenaires du couple.


En associant patience et dialogue, il est alors possible de rester dans une zone de paix, de préserver le lien, et de revenir aisément aux ressentis de joie, de gratitude et de foi qui étaient alors autrefois créés par l’euphorie, et qui peuvent maintenant devenir un choix conscient.


Car dans le couple, il y a ces mécanismes si fortement ancrés d’entrer en réaction face à l’autre, l’ego faussement protecteur qui mène la guerre. Le philosophe Vincent Cespedes m’évoque cela lorsqu’il théorise sur le « corps martial », ou ensauvagement, cet instant ou l’on se sent attaqué, alors on attaque.




Sa conclusion est : « Dompter ses instincts pour les magnifier ». Il en est de même pour le corps de souffrance. Dompter ses mécanismes d’auto-sabotage, pour les transmuter en des outils de guérison, vers plus de conscience de soi, vers plus d’amour et d’épanouissement individuel , mais aussi (et peut-être surtout) à deux.


« Il est très facile d’aimer les gens dans l’abstrait, le vrai problème surgit dans le concret.

Et souviens-toi, si tu n’aimes pas les êtres humains concrets, les êtres humains réels, tout ton amour pour les arbres et les oiseaux est faux, pur bavardage.

L’amour est une fleur très fragile.

Il doit être protégé, il doit être renforcé, il doit être arrosé ; alors seulement il grandit.

Aime comme quelque chose de naturel, comme tu respires.

Et quand tu aimes quelqu’un ne commence pas à exiger ;

sinon, même dès le début, tu commenceras à fermer les portes. »

Osho

© 2018 by Vanessa Biguet  Proudly created with Wix.com

  • Facebook Social Icône
  • Icône social Instagram