Les complices de Polanski

Parce que la notoriété ne fait pas l'artiste, et ne fait pas l'homme : seuls ses actes le définissent.


Polanski césarisé, un scandale confiné dont on ne parle plus vraiment ces derniers jours, l'heure étant à des priorités autres avec la crise sanitaire du Covid-19.

Je ne l'oublie pas pour autant.


Je ne l'oublie pas, parce que les victimes ne l'oublient pas non plus.


Je ne l'oublie pas, parce qu'un criminel se pavane aux yeux de tous, ego gonflé parce que, disent-ils, c'est un artiste...


Je ne l'oublie pas pour :

X, 10 ans en 1969

X, 16 ans en 1969

Mallory, 29 ans en 1970

X, 9 ans en 1972

Renate, 15 ans en 1972

Robin, 16 ans en 1973

Valentine, 18 ans en 1975

Marianne, 10 ans en 1975

X, 15 ans en 1976

X, 12 ans en 1976

Samantha, 13 ans en 1977

Charlotte, 16 ans en 1983


Toutes ces femmes accusent Polanski de les avoir agressées sexuellement.


"Vous avez été arrêté pour une gamine de 14 ans qui elle n'avait pas l'innocence de Tess"


Ce sont les mots d'Elkabbach en 1979, qui d'emblée pose Polanski comme la victime d'une enfant. Puis Polanski de se justifier : le juge américain qui le poursuit profite de l'affaire pour se faire de la pub... le pauvre a risqué sa vie pendant ses 3 mois de prison parce que son nom est connu tout en expliquant qu'il était finalement protégé et ne risquait pas grand chose... sa préférence pour les jeunes filles qu'il n'a jamais cachée... la plupart de la population américaine commet le même crime que lui, à savoir coucher avec des enfants plusieurs fois par jour... il n'était pas le seul avec qui "cette fille avait des relations sexuelles".


Je n'invente rien, tout est dans la vidéo.


Polanski est donc un homme affirmant qu'il est courant que les adultes pratiquent une activité sexuelle régulière et quotidienne avec des enfants. Polanski se voit comme une victime : victime d'un juge, victime de lois, victime de sa notoriété, victime de cette enfant.


Mais, les faits : Polanski a fait boire de l'alcool à une enfant de 13 ans, l'a droguée avec des médicaments, et l'a violée. C'est un crime. Point.


Samantha, la première a avoir témoigné, raconte son enfer. Le viol, déjà.


"A un moment, au cours de cette séance photos, j’ai compris que ça allait finir comme ça. Je comprenais ce qui était en train de se passer, je ne pouvais pas l’arrêter à cause du champagne et du médicament qu’il m’avait fait prendre et je ne voulais pas que cela arrive."


Puis l'enfer qui a suivi.


"Les gens pensaient que je l’avais cherché, ou que moi ou ma mère avions piégé Polanski… Le soir même, quand nous avons appelé la police, j’ai senti qu’on me soupçonnait d’avoir tout inventé parce qu’il était connu. J’ai entendu des gens censés me défendre regretter qu’il ne m’ait pas plus abîmée."


Elle raconte aussi l'enfer médiatique : Polanski en fuite, recherché par Interpol, c'est l'assurance d'un rappel de son histoire à chacune de ses apparitions, à chacune de ses interviews, à chaque sortie de film. Et à chaque fois, de nouveau les journalistes qui la contactent pour qu'elle raconte, qu'elle donne son avis. Elle se dit résiliente, quand bien même : difficile de passer à autre chose, de mener une vie normale, avec cette notoriété qu'elle n'a pas choisie. Son enfer, c'est aussi la conséquence de la lâcheté de cet homme, qui se soustrait à la justice, ce qui a pour conséquence de perturber la vie de ses victimes à chacun de ses faits et gestes publics.


Polanski n'a fait que trois mois de prison pour un crime grave et se dit persécuté car le juge a décidé de rouvrir le dossier et d'abandonner l'accord qui avait été passé. Que ce juge soit poussé par l'image ou par la prise de conscience de la gravité des actes, peu importe. Aujourd'hui, en 2020, on ne peut pas considérer que trois mois de prison soient une peine équitable pour un pédophile récidiviste.


Et il n'est pas seulement question d'être condamné pour être puni. Il est aussi question de condamner pour reconnaître les crimes, condition parfois inévitable pour prendre conscience de ses déviances. Une condamnation, c'est dire à Polanski et à tous ceux qui le soutiennent que ses actes sont bel et bien répréhensibles, que ses actes sont des crimes. C'est comme poser un diagnostic : Polanski parle et agit dans un rapport à la réalité qui n'est pas normal, et les conséquences en sont des actes violents sur des personnes vulnérables. Il s'est créé un monde dans lequel la norme est de violer des enfants et l'assume pleinement, un monde dans lequel ceux qui veulent le punir pour cela le persécutent : c'est le discours délirant d'une personne à l'esprit malade. Lisez plutôt, à propos de son film J'accuse :


"Dans cette histoire, je retrouve parfois des moments que j'ai moi-même vécus. Je vois la même détermination à nier les faits et à me condamner pour des choses que je n'ai pas faites". L'article relate sa conviction, ainsi que celle de sa femme Emmanuelle Seigner, qu'il est persécuté depuis la mort de Sharon Tate en 1969, son épouse enceinte de 8 mois assassinée par les disciples de Charles Manson. Polanski complotiste sur son propre nombril, cela en dit long sur cet ego gonflé et la santé de son esprit.


Un procès serait donc essentiel pour l'homme et le regard qu'il porte sur ses actes, et il permettrait d'espérer une possible prise de conscience de ses schémas psychiques qui conditionnent ses croyances, bien qu'elles soient profondément ancrées depuis des décennies. Mais il serait surtout vital pour ses victimes, et pour le message fort qu'il enverrait : la notoriété ne légitime pas la pédophilie.


Après la cérémonie des Césars, les réactions en tous sens ne se sont pas faites attendre. Deux m'ont particulièrement marquées et m'ont donné envie d'écrire cet article aujourd'hui.


D'abord, les mots de Lambert Wilson. Dédaigneux. Condescendant. Il s'insurge que l'on ose moquer "le metteur en scène". Il insulte ceux qui ont parlé librement, ceux qui se sont levés et sont partis : "ils sont minuscules" à côté du Grand Polanski. Le mieux est encore de l'écouter, on entend la révolte bourgeoise d'un homme qui ne comprend rien à la violence.


Ensuite, Beigbeder. La même indignation que l'on ose s'attaquer au cinéaste. Le même dédain. La même condescendance. Et surtout, l'argument écœurant de mauvaise foi : le tribunal suisse aurait jugé que Polanski a fait sa peine. Il évite, bien évidemment, de mentionner que si Polanski n'est pas jugé, c'est à cause du délai de prescription.


Tous ceux-là estiment que le cinéaste devrait être placé au-dessus des hommes, au-dessus des lois. Pour quelles raisons ? Difficile à dire. Les criminels sexuels, en général, n'ont pas ce traitement de faveur. Ils sous-entendent pourtant que la notoriété, le talent le justifient. Ou plutôt, et c'est ce que dénonce Virginie Despentes, l'appartenance à son milieu le justifie. Le milieu de ceux qui amalgament argent, notoriété et pouvoir. Ceux qui pensent être à part, puissants, intouchables. Et c'est cela qui choque. Cela qui blesse, qui fait honte, qui fait si mal. C'est cette culture qui sépare les êtres et qui maintient la tête sous l'eau de ceux qui ne font pas partie de la caste des privilégiés, et qui ne font que subir encore et encore dédain, souffrances, censure et rejet.


On peut se poser la question : ces hommes qui défendent un criminel sexuel, sont-ils eux-mêmes coupables d'actes du même ordre ? Ce que l'on observe, c'est à quel point ça les touche, ils sont en réaction, sous le coup de l'émotion. C'est qu'une part d'eux s'identifie à Polanski. Laquelle ? La réflexion reste ouverte.


En conclusion, Messieurs, Mesdames, comprenez ceci :


Polanski est un criminel sexuel recherché par Interpol. On pourrait douter d'une accusation, on peut difficilement douter de douze. Et si toutes ces femmes fabulaient, une enquête le démontrerait. Pourtant, Polanski reste loin de la justice et d'un procès qui pourrait le réhabiliter si des faits démontraient bel et bien son innocence. Mais Polanski préfère se montrer victime et persécuté.

Défendre Polanski, c'est cautionner ses actes, approuver ses crimes.

Parce qu'en matière de violence, au nom des victimes, il n'y a pas de demi-mesures possibles. Il n'y a pas de juste milieu possible. Il n'y a pas de nuances possibles. Il n'y a pas d'excuses possibles.


Les pédophiles doivent être condamnés pour ne plus faire de victimes.

Les criminels sexuels doivent être pris en charge par des psychologues, des psychothérapeutes, des psychiatres.

C'est essentiel pour que ces personnes soient aidées et possiblement soignées.

C'est essentiel pour protéger de potentielles victimes.

C'est essentiel pour que les victimes puissent se reconstruire.


C'est essentiel pour le message que l'on donne à tous sur le refus de toute forme de violence.


Et c'est essentiel pour redonner du sens à la mission de l'artiste, du vrai.












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