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Les dérives dans le développement personnel & la spiritualité

Passionnée par la complexité du psychisme humain, d'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours eu pour principes premiers de "travailler sur moi", d'apprendre et de comprendre, de devenir meilleure, de grandir intérieurement... je suis tombée dans les livres de psychologie pendant les prémices de mon adolescence, j'ai entamé des études en la matière, suivi des thérapies, participé à des stages. C'est tout naturellement que j'ai emprunté le chemin du développement personnel et de la spiritualité, dans la continuité de mon parcours personnel et professionnel.


Après quelques années immergée dans des cercles de personnes qui se présentaient comme spirituelles, éveillées, ou tout du moins sur ce chemin-là, j'ai pris la mesure des dégâts que peuvent causer les dérives de certains dans le développement personnel et spirituel. Oui, les domaines les plus nobles et les plus constructifs peuvent aussi devenir nocifs lorsqu'ils sont incompris, manipulés, non intégrés.


Le bouddhisme nous enseigne un principe important : incarner ce que l'on cherche à transmettre, à enseigner. Cela ne veut pas dire que l'on doit atteindre l’Éveil pour pouvoir aider son prochain, mais que l'on doit avant tout accepter là où nous en sommes intérieurement et partager avec l'autre sur la base de ce que l'on est en mesure d'incarner et d'être, pleinement et en conscience (sur le sujet, voir ici ). Il me semble aujourd'hui essentiel de partager mon expérience pour transmettre une chose importante : méfiez-vous des personnes qui, sous couvert de vous aider, vous vendent du développement personnel et de la spiritualité culpabilisants et destructeurs. La plupart du temps, ces personnes sont elles-mêmes aux prises avec leurs propres schémas de souffrance, et sont convaincues de ce qu'elles vous disent, persuadées d'avoir intégré les outils dont ils vous font la promotion. Mais d'autres manipulent sciemment les concepts pour obtenir de vous ce qu'ils attendent. A suivre, un petit florilège de ce que j'ai vécu ou observé.


"Tout est parfait"


L'un des concepts les plus détournés : la perfection de l'instant. A l'origine, il est question d'accepter la réalité dans ses limites, comprendre que l'on ne peut lutter contre ce qui est. Entrer en guerre contre cette réalité, c'est se condamner à de la souffrance, conduisant irrémédiablement à la dépression. On ne peut qu'accepter la réalité, parfaite dans le sens où elle ne peut être différente en cet instant : elle n'est ni bonne ni mauvaise, elle est tout simplement.

Ce concept est essentiel au quotidien pour trouver en soi une clarté et un ancrage stable, observer la vie et accueillir ce qu'elle nous amène avec lucidité et objectivité. C'est ce qui nous permet d'analyser une situation et de poser les actions les plus justes. C'est aussi une base renforçant la capacité d'aller voir en soi la source de nos réactions émotionnelles, et de révéler nos forces intérieures pour s'adapter à cette réalité.


Le concept est détourné par des personnes qui cherchent à se dédouaner de leurs responsabilités. Dans des cas d'infidélité, de mensonges, d'absence en tant que parent dans la vie de son enfant, dans toute situation où l'un provoque une souffrance chez l'autre par des comportements ou des actes qui produiront logiquement de la souffrance, et que l'autre exprime cette souffrance, ces personnes utiliseront l'argument "tout est parfait" pour se justifier, et ainsi vous culpabiliser de vivre cette douleur, dans l'espoir de vous faire taire, et de vous soumettre à la situation sans rien dire. Pendant que vous culpabilisez d'exprimer ce que vous vivez, vous ne vous occupez plus de la responsabilité réelle de la personne ayant causé votre souffrance.


Évidemment, il est essentiel de se remettre en question quant à l'intensité de ce que l'on pourrait ressentir et à la puissance de nos réactions, mais ce travail d'introspection n'empêche en rien de mettre l'autre face à ses responsabilités. Quand bien même ses choix n'auraient aucunement eu pour but de vous nuire, il est important que chacun assume les conséquences de ses actes, et accueille avec bienveillance et respect les émotions de l'autre : c'est une question de maturité émotionnelle. Accepter la réalité dans ce qu'elle est n'implique pas de nier nos émotions, et n'implique pas de laisser l'autre se défiler face aux conséquences de ses choix.


Pour aller plus loin, un article de l'INREES : Tout est parfait, vraiment ?


"Ça t'appartient"


Il est question ici d'un des fondamentaux de la communication non violente (CNV) : la notion de responsabilité. Avec la CNV, nous apprenons à prendre la responsabilité de notre vie intérieure, et à utiliser la communication avec l'autre sur une base d'écoute empathique et de bienveillance. La CNV propose d'intégrer un langage qui permettra un espace d'échanges ouverts et constructifs, en formulant clairement nos ressentis conscientisés et nos besoins, et réciproquement.


Ce fondamental de la CNV devient problématique lorsqu'il devient un outil de langage, il n'est alors pas intégré dans un processus d'introspection et de communication, mais manipulé pour rejeter et/ou projeter sur l'autre la pleine responsabilité d'une situation. Là où le but est à la base de favoriser la relation, on en arrive à couper toute possibilité d'échanger en niant totalement notre propre rôle dans la situation. On retrouve par exemple facilement cette dérive lorsqu'une personne a agi à l'encontre des valeurs qu'elle affirme incarner et/ou des valeurs socialement reconnues, sans que son action soit clairement identifiable. C'est une forme de manipulation, puisque la personne joue sur la part floue de la situation pour semer le doute dans l'esprit de la personne ayant subi le préjudice.


Encore une fois, il n'est pas question ici de ne pas se remettre en question sur nos réactions, nos émotions. Lorsque vous exprimez à l'autre une douleur ou un besoin en lien avec ses agissements, vous répondre que cela vous appartient est un déni de votre ressenti, un déni qui peut s'avérer violent, et c'est aussi un moyen, pour cet autre, de ne pas se remettre en question, en vous culpabilisant.


Pour aller plus loin, une vidéo d'Isabelle Padovani :



"Tu attires à toi ce que tu es", "Tes pensées sont créatrices"


Autrement dit, le détournement effarant des principes de la loi de l'attraction.

Si l'on aborde ce sujet d'un point de vue spirituel, il est question d’énergie et de taux vibratoire. Nous sommes des êtres énergétiques et vibrant sur une fréquence qui nous est propre, et de ce fait nous nous relions à des énergies et des fréquences qui sont du même ordre. Mais il n'est pas seulement question de cela. En revenant sur une base plus concrète, nous pouvons compléter ces notions par les concepts psychanalytiques d'inconscient (individuel et collectif), de Moi et de Surmoi. Chaque individu se construit à travers son rapport à l'autre et en fonction de son environnement, et ces bases sur lesquelles notre psychisme se construit conditionnent notre rapport à l'autre et au monde tout au long de notre vie. Cela signifie que les pensées et actes de chacun sont pour partie le fruit d'un inconscient où est stocké toute une part de vécu refoulé, et qu'il n'y a pas de contrôle sur cette influence. La prise de conscience de certains schémas n'amène pas automatiquement la libération de ce schéma, un travail thérapeutique est parfois, pour ne pas dire souvent, nécessaire.


Ces concepts signifient que les expériences que nous traversons sont directement reliées à notre vie intérieure, consciente comme inconsciente. Ils permettent la prise de conscience que notre système de pensées détermine en grande partie notre capacité à analyser la réalité avec lucidité : des pensées négatives vont conditionner notre manière d'interpréter des situations que nous vivons. A l'inverse, des pensées créatives et optimistes libèrent de l'énergie, permettent de poser des actions justes, et d'accueillir les choses avec une réactivité plus mesurée. Mais nous n'avons qu'un contrôle limité sur tout cela, car une grande partie de notre psychisme n'est pas accessible à la conscience. Sans une analyse thérapeutique profonde, on se contente de travailler sur les symptômes sans guérir la cause. C'est ce qui explique que l'on revive sans cesse les mêmes situations, sous des formes différentes, quand bien même nous avons pris conscience de certains mécanismes ou de certaines failles qui nous font tourner en boucle.


Ces concepts deviennent problématiques dans certaines situations. J'ai pu observer régulièrement des personnes victimes de violences physiques ou psychologiques se voir tenir un discours du type : "si tu as créé ces expériences dans ta vie c'est parce que tu as quelque chose à comprendre sur toi... c'est parce que tu ne t'aimes pas assez... c'est parce que tu as des pensées trop négatives...". Oui, nous sommes les artistes de notre vie, mais dans une certaine mesure. Dire à une victime qu'elle est responsable de ce qu'elle vit, cela peut la détruire encore bien davantage. Il faut être très prudent sur notre manière de comprendre et d'amener ces concepts. Il est clair qu'une personne enchainant des relations toxiques trouvera la source de cette dynamique destructrice en elle, dans ses blessures et dans la façon dont son psychisme s'est construit. Mais elle n'en est pas responsable pour autant, et lui tenir ce genre de discours, c'est d'une part la culpabiliser, et d'autre part l'empêcher d'accéder à un travail constructif et libérateur. La priorité est d'accepter son statut de victime et d'en libérer toutes les douleurs associées grâce à une liberté de parole qui ne peut se faire que dans un cadre bienveillant, à travers une écoute empathique. C'est seulement ensuite qu'il sera possible d'engager le travail d'introspection et de remise en question individuelle sur la structure de notre psychisme qui va conditionner en partie les expériences que nous traversons.


Ces concepts ne signifient pas que nous sommes les créateurs de la totalité de ce que nous vivons, ils expriment que nous sommes des êtres conditionnés et que notre rapport à la réalité est défini par ces conditionnements. Prétendre que nous sommes créateurs de la totalité de ce que nous vivons, c'est nier l'existence des fondamentaux du psychisme humain et de son fonctionnement.

Un concept spirituel puissant, détourné à bien mauvais escient




Pour aller plus loin :

Le mythe de la loi de l'attraction et les méfaits de la pensée positive











Détachement, solitude, amour de soi


Le couple est largement mis à mal depuis plusieurs années. C'est la conséquence des conditionnements culturels qui ont fait du couple un lieu d'obligations et d'enfermement, un lieu où être soi devient des plus compliqués. Ce n'est donc pas la relation amoureuse qui est problématique, mais bien la structure que notre société a façonnée pour définir la relation amoureuse.


De nos jours, les principes du développement personnel nous invitent à accepter différents concepts qui nous permettent d'aborder la relation amoureuse sur une base bien plus saine. D'abord, l'acceptation de la solitude, apprendre à être bien avec soi, à être créatif et à nourrir ces instants avec nous-mêmes. Être seul peut être confrontant, difficile, des instants de ressassements de nos peurs, de nos blessures... on peut l'observer facilement dans le rapport que les adultes ont avec l'ennui que vivent naturellement les enfants, cet ennui qui met les parents mal à l'aise, qui vont alors chercher à combler cet ennui par diverses activités. Ce sont pourtant des instants précieux, des opportunités pour apprendre à se relier à soi, écouter ses besoins, ses aspirations ; ou simplement apprécier le fait que ne rien faire, ça peut être bon.

On nous apprend également et à juste titre qu'on ne peut pas donner à autrui ce que l'on ne peut s'apporter à soi. Il est question ici de la nécessité d'apprendre à s'aimer soi, à s'accepter dans ce que l'on est en cet instant, et de se donner à soi ce que l'on affirme vouloir donner à l'autre. Les couples traversent de grandes difficultés en partie parce que l'un ou l'autre des partenaires, voire les deux, va attendre de l'autre qu'il réponde à tous ses besoins : mettre la responsabilité de son propre épanouissement dans les mains de son partenaire, c'est profondément destructeur pour une relation.


Ces outils proposent donc de réinventer le couple en instaurant une base saine dans le rapport à soi et à l'autre. Une croyance continue pourtant de se répandre, celle qui affirme que les problèmes relationnels viennent principalement de la structure "couple", et non des fonctionnements individuels. La parade qui a été trouvée s'articule derrière le concept de détachement. Il prend la forme d'un besoin d'affirmer sa liberté dans la relation, et de ne plus s'y engager pleinement.

A l'origine, le détachement est une notion essentielle, qui permet, encore et toujours, de vivre sa réalité avec davantage de lucidité et des réactions plus adaptées. C'est un moyen permettant de ne plus s'identifier systématiquement à nos émotions, d'observer nos pensées et nos mécanismes. Le concept de détachement n'est donc en rien lié à l'attachement que l'on pourrait retrouver dans la relation amoureuse, attachement qui peut effectivement transformer l'engagement en enfermement.

A défaut de réinventer le couple pour y intégrer la notion d'individualité plus sainement, on le rejette. C'est ce que l'on observe spécifiquement dans les phénomènes d'amour libre ou de polyamour. J'ai pu entendre des croyances du type : "si tu n'es pas capable de vivre une relation libre, c'est que tu as un problème de dépendance affective". Pourtant, mon expérience professionnelle et personnelle m'a démontré que les relations libres et autre polyamour sont la plupart du temps une stratégie mise en place par des personnes justement dépendantes affectives : la peur d'être abandonné est soulagée par le fait qu'il y a toujours quelqu'un quelque part. C'est aussi une stratégie pour se fuir soi-même : lorsque la relation devient trop confrontante, on se réfugie dans quelque chose de plus léger, de différent, plutôt que d'affronter ce qui se vit en soi et chez l'autre dans le respect de l'engagement relationnel. Ce sont aussi souvent des personnes qui supportent difficilement la solitude et compensent une mauvaise image de soi en multipliant les rencontres, car il est facile de jouer un rôle et de donner une image positive et valorisante de soi avec l'aide de la magie de la nouveauté qui se vit dans la rencontre.


Ces mécanismes amènent beaucoup de souffrance dans la relation. C'est donc remplacer un mal-être par un autre. Le déni de soi, la fuite de la relation sont extrêmement destructeurs. L'être humain est un être social, il se construit et s'expérimente à travers l'autre, et chaque dynamique relationnelle (amicale, familiale, amoureuse) a son rôle et son importance. Se cacher derrière des concepts tels que le détachement, la nécessité d'être seul ou de s'aimer soi, pour s'autoriser certains comportements prétendument plus épanouissants, c'est tout simplement se priver de toutes les opportunités qu'offre la relation, quand bien même ces opportunités font éprouver difficultés et inconforts.


Pour aller plus loin, une musique douce, un texte poétique... Réinventer le couple, c'est se réinventer soi, avec l'autre.




Il existe encore d'autres dérives et détournements de concepts fondamentaux de développement personnel et spirituel, qui feront peut-être l'objet d'autres articles. En attendant, n'hésitez pas à partager vos expériences ou questionnements en commentaires ou en m'écrivant directement unalome.vanessa@gmail.com .


Au plaisir de vous accompagner.



Vanessa

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